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Comment nous cherchons à appliquer les principes du
paddock paradise avec nos contraintes: petite surface, sol
lourd et humide, herbe trop riche.
1) Hier 2) Aujourd'hui 3) Demain? 
1) Hier
Notre pâture fait environ 4500
m2. Nous avons commencé notre aventure équine
avec des poneys shetlands. Afin de préserver leur santé
(principalement risque de fourbure) , nous avons fait des séparations
pour limiter l’accès à l’herbe . Une espèce de couloir de 6m de
large sur environ 70 mètres
de long desservait 4 petits prés. Nous n’ouvrions qu’un pré à
la fois dans lequel nous rajoutions une clôture electrique amovible que
nous bougions chaque jour de 50 cm à 1 mètre selon la hauteur de
l’herbe à ce moment là.

En plus de permettre un total contrôle de la quantité d’ herbe
journalière, cela évite les refus : ils ne vont pas faire les
crottins juste dans la nouvelle bande de 50 cm, mais dans la partie
qu’il ont déjà fini de manger les jours précédents, et comme ils sont
rationnés, ils mangent en totalité la nouvelle bande non souillée sans
faire les délicats et ne laissent pas de touffes.
Pourquoi 4 prés et pas moins,
dans un si petit terrain ?
-
d’abord car ça limite la
longueur de la clôture amovible qu’il faut manipuler chaque jour.
-
Ensuite pour faire une rotation
qui permet à la pâture de se reposer et à l’herbe de repousser.
- Il paraît qu’une pâture
souillée par des crottins parasités a besoin de 2 mois minimum pour
s’assainir.
-
Enfin, cela laisse un temps
suffisant pour traiter contre les mauvaises herbes ; de plus
nous ne sommes pas équipés en tracteur, et il est plus facile
d’entretenir des petites surfaces .

En hiver, pour éviter que les petits prés ne
se transforment
en boue, les poneys étaient nourris au foin et
restaient dans le « couloir » d’environ 450 m2, qui leur servait de
paddock et dans lequel ils avaient l’abris et l’abreuvoir…mais c’était
de la boue !

Les poneys ont progressivement laissé la place à nos 2 chevaux et nous
avons gardé la même organisation. Pour qu’ils puissent rester
dehors en hiver tout en gardant les pieds au sec, pour que ceux-ci se
transforment dans le bon sens ,et qu’ils s’habituent à marcher sans
difficulté sur un sol
accidenté, nous avons caillouté une partie du couloir aux abords du
bâtiment et y avons mis l’abreuvoir ; ainsi, même en été quand
leur nourriture était dans le pré, ils devaient marcher plusieurs fois
par jour sur les cailloux pour venir s’abreuver.
le
déclic !
C’était pas mal comme ça. Ils avaient un paddock tout de même assez
grand pour l’ hiver et étaient mieux à notre avis que certains chevaux
confinés au box.
Mais en été, j’ai vu chez un voisin, un bon système : ayant
suffisamment de terrain, il garde tout le centre du pré pour faire du
foin et ne laisse à sa jument qu’une bande de quelques mètres de large
qui fait tout le périmètre de l’herbage. Cette idée de boucle sans fin
qui ne limite pas le cheval nous a interpelés et plu, mais comme nous
avons très peu de terrain, que de toutes façons ils mangent toute
l’herbe pendant la belle saison et que nous ne pouvons pas faire de
foin, nous n’avons pas tout de suite vu comment l’exploiter et la
transposer chez nous.
Puis au stage de parage, Richard Walz nous a expliqué le concept du
« paddock paradise », terme que j’avais déjà croisé,
mais sans savoir à quoi il faisait référence. Ce fut la
« révélation », le projet abouti de ce qui nous
trottait dans la tête depuis un moment!
Il est clair que notre petit paddock n'est en rien comparable
aux immenses paddocks paradise de rêve que l'on peut trouver
par exemple aux USA. Mais nous tentons simplement d'adapter
les mêmes principes sur notre modeste surface. On peut être tenté de
penser que c'est ridicule sur un si petit terrain, car les distances
parcourues restent limitées, mais au contraire, nous
pensons que c'est peut-être dans ce cas que ces aménagements se
justifient le plus, car c'est la solution pour augmenter les
déplacements dans un terrain trop petit.
2) Aujourd'hui:
Une
grande boucle en accès libre à été créée autour du terrain, ce qui
limite encore la surface d'herbe (de1500m2) mais augmente les
déplacements. Comme avant, les parcelles sont rendues accessibles une
seule à la fois avec un fil que l'on décale chaque jour. Mais les
accès sont le plus éloignés possible du point d'eau. En hiver
les chevaux ont toujours accès à la boucle périphérique et à leurs
lieux favoris.

Au lieu de
laisser les chevaux enfermés en hiver dans un paddock rectangulaire
dont on ressent tout de suite les limites, cet agencement, même si on
ne lui consacre pas une surface très importante, démultiplie l’espace,
puisque la boucle sans fin qu’il forme permet au cheval de marcher ou
courir autant qu’il le souhaite sans se heurter, au bout, à une clôture
devant laquelle il doit faire demi-tour. Il ne donne pas beaucoup plus
d’espace, mais plus de liberté et de possibilités. Nous avons pu le
constater quand nos chevaux décident de jouer ou de faire la course!
Nous avons
aussi remarqué qu'ils avaient leurs coins de prédilection; avec ce
principe, ils peuvent s'y rendre à n'importe quel moment de la journée
ou de l'année!
(cliquez
sur l'image pour agrandir)

En été
: les clôtures amovibles ont été placées le plus loin possible de
l'abreuvoir pour obliger les chevaux à faire un peu plus de chemin pour
s'y rendre quand ils sont en pâture. Nous avons gardé pour
nous les barrières d'origine, mais dans la pratique, nous
passons entre les 2 hauteurs de ruban electrique.
En hiver: 
Les prés sont fermés. Au départ, nous avons mis un
filet à foin à toutes petites mailles dans 2 des angles du paddock,
près du sol, pensant que le premier cheval se ferait chasser par le
second puis irait à l'autre filet et ainsi de suite.Les petites mailles c'est pour
que les repas s'étalent dans le temps (un cheval passe environ 16
heures par jour à manger) et qu'ils ne puissent pas se
gaver. Près du sol, c'est pour leur permettre de manger dans
une position la plus physiologique possible : un cheval ne mange pas de
l'herbe la tête en l'air...
Bilan : bof...cette solution a le mérite de
leur permettre de manger dehors (un cheval n'est pas vraiment fait pour
être enfermé) avec un mouvement qui se rapproche de celui qu'ils font
pour manger de l'herbe, mais nous n'avons pas obtenu les déplacements
escomptés : ils ont vite trouvé leur confort en acceptant de manger à 2
en même temps au même filet, ou en en choisissant chacun un sans en
changer. Nous pensons que cela aurait mieux fonctionné avec plus de
filet et/ou plus de chevaux et de relations entre eux.
Et quand il fait vraiment mauvais, ici c'est "bouillasse paradise" et
nous ne voyons pas d'intérrêt à les faire stagner dans la boue
longtemps pour manger, si cela n'a même pas le mérite de les faire se
déplacer significativement.
Nous avons
donc recommencé pendant quelques temps à leur donner du foin à même le
sol dans le bâtiment bétonné en libre accès. Dans ce
contexte, pour les obliger à bouger mais sans stagner, nous avons
essayé de mettre un fil de séparation entre le bâtiment et l'abreuvoir,
les obligeant à faire le tour complet pour aller boire.
Après un certain temps passé à regarder l'abreuvoir de l'autre côté du
fil sans comprendre pourquoi ils n'avaient plus le droit d'y
aller, nous les avons aidé à trouver l'eau. Mais ils y
allaient trop peu d'eux-mêmes et nous avons découvert que plutôt que de
faire le tour, ils s'arrêtaient boire l'eau stagnante dans les trous de
boue : pas bon du tout ! Nous avons donc retiré le ruban illico ! Il
faut dire qu'ils en ont des drôles d'idées ces humains!!!
Puisque ça ne
marchait pas avec l'eau, on a remis ça avec la nourriture, mais
différemment : ils mangent à eux 2 environ une botte de foin ou un peu
plus par jour, donnée en 2 repas matin et soir, pour essayer de
répartir au mieux sur la journée. Depuis peu, nous avons
essayé de le leur donner en tout petits tas (on en fait environ
8 dans une demi botte) disposés dans le paddock à
même le sol, au raz de la clôture intérieure, là où l'on arrive encore
à trouver des petits coins sans boue, et plus rapprochés entre eux que
les filets à foin. (Nous y accédons par l'intérieur, en passant par les
petits prés et sans marcher dans la gadoue) . Et là, miracle! Ca marche
: le dominant chasse le plus rapide qui va alors au tas suivant et
ainsi de suite.
Nous
agrémentons en ajoutant des "surprises" (une demi carotte par-ci
par-là, un bout de pain dur, des épluchures de poireaux dont ils
raffollent...), jamais aux mêmes endroits, comme le foin.
Concrètement, ce que l'on
observe : le petit malin fait déjà un premier tour en nous suivant à la
trace lors de la distribution. Puis, il entame un tas et se fait
chasser par le copain, ou part de son propre chef vers le prochain tas
qui est plus gros. A chaque fois, il change de place avant d'avoir fini
son tas...mais
ils sont pourtant inévitablement obligés de revenir à un moment finir
les miettes quand il n'y a plus de gros tas, sans oublier les venues à
l'abreuvoir...donc ils marchent, ils marchent , ils marchent ! De plus,
s'ils marchent et cherchent , ils trouvent les
"surprises"... Les repas s'échelonnent sur plus de temps que
quand le foin est donné dans un ou 2 endroits seulement. Il reste
toujours quelques brins à récupérer et il y a toujours quelquechose à
faire. C'est vraiment bien!
Inconvénients
:
-ils marchent
mais dans la boue. Ceci dit, quand on n'a pas des conditions idéales,
les spécialistes du parage naturel préfèrent apparemment privilégier
les déplacements, même dans l'humidité, plutôt que le fait de
garder les pieds au sec avec peu de mouvement. Et alors qu'ils avaient
l'air morne à rester la plupart du temps sans bouger sur la surface
cailloutée, ils ont l'air dynamique et enjoué avec ce principe, même
s'ils doivent marcher dans la boue.
-il y a
peut-être un peu plus de "gaspillage" et de foin perdu (transport par
nos soins, foin qui tombe un peu dans la boue quand ils mangent) , mais
pas autant qu'on le craignait car ils se débrouillent bien, et même
s'il y a un peu de perte, tant pis: ce choix nous semble être le plus
judicieux pour leur santé...physique et mentale !
-le mouvement
qu'ils font pour détasser le foin en secouant la tête de bas en haut
n'est certainement pas aussi "physiologique" que celui qu'ils font pour
arracher l'herbe du sol ou le foin du filet à petites mailles.
-quand c'est
vraiment trop la boue, nous leur donnons le foin dans le
batiment, ou bien au moins une partie : ils ne peuvent donc pas être
dehors en tout temps.
-nous devons
nous-même faire matin et soir le tour du paddock pour la distribution ;
mais si la marche est bonne pour les chevaux, elle l'est aussi pour
nous ! Et cela ne prend pas plus de temps que de ramasser les
crottins quand ils mangent à l'intérieur et stagnent sur les
cailloux...et nous préférons marcher plutôt que ramasser!
remarques
et conclusion:
-les
inconvénients énumérés sont plutôt dûs au manque de terrain qu'à
l'organisation type "paddock paradise", et nous les
rencontrerions chaque hiver, quelle que soit la forme et la grandeur du
paddock.
-dans une
petite surface comme la nôtre, cette organisation, même si elle mérite
encore des améliorations (voir ci-dessous) nous semble vraiment
optimale, et en ce qui nous concerne, c'est "LA"solution qui
nous semble la meilleure, pour la vie, le mental et les pieds de nos
chevaux, mais aussi pour nous faciliter l'entretien quotidien.
-nous avons
aussi remarqué, en discutant avec une amie éléveuse dont le manque de
place limite considérablement les déplacements de ses chevaux en hiver, qu'elle
devait les nourir beaucoup plus que nous à cette saison (grosse dose de
foin et plusieurs litres de granulés par jour), et qu'ils avaient
malgré tout tendance à maigrir, alors qu'ils ne travaillent presque
pas. Les nôtres en revanche, ne semblent pas avoir franchement changé
ni perdu du poids, malgré leur botte de foin quotidienne pour 2, et
avec cette personne, nous avons émis l'hypothèse que c'était peut-être
justement ces nombreux déplacements qui leur permettaient de
garder leur forme physique et de maintenir leur poids sans "fondre"
comme les siens. On peut aussi imaginer qu'un cheval qui manque de
mouvement traverse une sorte de "blues" ou "déprime hivernale" qui peut
occasionner une perte de poids...(Ces 2 dernières remarques ne sont que
des suppositions très personnelles, des idées qui nous ont traversé
l'esprit et que nous formulons ici , mais rien de fondé !)
C'est
peut-être tout simplement le fait que nos chevaux soient assez petits
et "rustiques" qui leur permet de garder une ligne généreuse, même en
hiver...
-
quelques facteurs jouent en notre faveur et facilitent l'organisation :
*nous n'avons que 2 chevaux, ce qui limite le nettoyage du bâtiment et
de la surface cailloutée, ainsi que la quantité de nourriture à
distribuer (à pieds).
*ce sont 2 hongres : l'organisation est plus difficile à trouver pour
une personne qui possède jument(s) et étalon et qui ne peut pas mettre
ensemble!...
* nos deux chevaux font la même taille ( c'est fait exprès!) , et ont
des besoins à peu près équivalents : donc pas de problème de
rations différentes à gérer.
* enfin, l'herbe verte, abondante et bien arrosée de la
Normandie nous permet de nous en sortir en été
malgré le manque cruel de terrain...
3) Demain?
L'idéal
serait de caillouter un sentier sur le couloir périphérique pour les
chevaux comme pour nous car il n'y a que de la boue en hiver,
ainsi que les zones où ils s'alimentent. Il faudrait aussi sur le tour
aménager des lieux avec des sols plus variés: sable, gravelle...
Actuellement,
le bloc de sel à lécher est situé dans le bâtiment, mais pour l'été,
nous envisageons de l'installer dans une mangeoire à pneu
déplaçable et éloignée du point d'eau pour leur donner une raison
supplémentaire de se déplacer.


le
passage le long de la haie est plus étroit car les jeunes arbres sont
protégés par un fil électrique
sans
cette précaution, les chevaux se délectent des bourgeons et de l'écorce!
Nous
espérons les laisser aller autour de la haie cet été, quand les arbres
seront plus touffus.

le
couloir du fond, le long duquel sont disséminés des petits tas de
foin...

le
"bosquet", enfin ce qu'il en reste...
les
troncs sont maintenant protégés, nous espérons que ça suffira ...

Voilà
un automne et bientôt un hiver passés dans ces conditions...
...après
le printemps et l'été, nous vous ferons partager le bilan d'une saison
complète dans notre petit paddok paradise normand...patience...
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